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Petites histoires
de clochers

 

Banyuls sur Mer Le clocher de l'Abbé Rous
Baixas Le clocher, l'âne et le chardon
Bouleternère Un donjon clocher du XIIIe siècle
Céret Le clocher de Céret
Collioure Un clocher tout à la fois et prison
Corsavy Le clocher du tremblement de terre de 1428
Coustouges Un chatelain pour les cloches
Eus Le clocher en arcades de Saint Vincent du Bas
Fulla Le clocher républicain
Força Réal Un ermitage conjugador du Siècle d'Or
Ille sur Têt Le clocher des vicomtes de Fenollet
Joch Les cloches de la polémique
Latour Bas Elne Un clocher garde-côtes
Le Boulou Le clocher du Boulou
Les Angles Le style ogival des troubadours
Les Cluses Les Cluses
Le Soler Un clocher dans la tempête
Le Pays Catalan Les clochers en arcade
Le Pays Catalan Les clochers tours-romans
Maureillas Le clocher de Maureillas
Marquixanes Le clocher baroque
Millas Le clocher en la de Millas
Mosset Le clocher au pin


 

Le clocher de l'Abbé Rous
Banyuls-sur-Mer

L'abbé Rous avait la bosse du commerce. A peine désigné curé de Banyuls en 1871, il eut l'idée pour financer le projet de construction d'une nouvelle église, de créer un négoce de vin. De nos jours, le célèbre cépage de Banyuls n'est plus à promouvoir. L'abbé Rous a largement contribué à cette reconnaissance en organisant "l'œuvre du vin de messe".

Le clergé de toute la France était pour lui un vaste réseau de clients. Cette excellente et pieuse clientèle constitua un fantastique moyen de distribution du vignoble de Banyuls. Nonobstant son immense succès, "l'œuvre du vin de messe" ne porta aucun préjudice à la qualité des célébrations liturgiques.

Le curé pouvait construire à un rythme soutenu celliers, école, presbytère, église, sinon aider à l'édification du nouveau temple de Cerbère. Jusqu'en 1880, tout alla pour le mieux. Le gouvernement de l'Ordre Moral, présidé par le maréchal Mac Mahon, n'avait de cesse de restaurer la monarchie. La naissance de la IIIème République allait changer les donnes politiques du pays.

La richesse de "l'œuvre du vin de messe" autorisait l'indépendance financière à l'abbé Rous. Il est évident que le curé de Banyuls n'hésita pas à financer les campagnes électorales de la droite la plus monarchiste. Il en naquit une polémique dont le conseil général du département fut le témoin. On avait beau prétexté en séance publique que l'entreprise vinicole était destinée à la construction d'une église, il n'en demeurait pas moins que les bénéfices soutenaient des candidatures ultra-conservatrices. Toujours est-il que l'œuvre de l'abbé Rous pouvait être consacrée. Pour beaucoup ce n'était " que la succursale d'un comptoir "ou encore" que le fronton de cette église servait d'enseigne à un cabaret ".

L'édifice était dans l'esprit du moment. Il était construit d'emprunts stylistiques et de citations architecturales. Mais voilà, pour aussi prétentieuse fut-elle, l'église de l'abbé Rous, tel un géant aux pieds d'argile, était fondée sur du sable. Les orgueilleux clochers qui la couronnaient, un mauvais jour de pluie s'effondrèrent sur le toit. Dans leur chute, ils écrasèrent la vanité du curé de Banyuls. Le bâtiment n'était plus que ruines lézardées.

Ironie du sort, justice divine, revanche républicaine... qui sait ? A Banyuls, aujourd'hui, c'est le clocher républicain de la mairie qui sonne les heures.Jean REYNAL, conservateur au patrimoine.


 

Le clocher, l'âne et le chardon
Baixas

Le clocher de Baixas est un énorme donjon du XIIIème siècle. L'âne de cette petite histoire est brun, jeune et plein d'ambition. Le chardon est rose et épineux. Il pousse tout à fait en haut du parapet du clocher.

Depuis longtemps les habitants de Baixas trouvaient que la place de l'église était trop petite. Deux mètres de plus leur auraient fait l'affaire pour la pétanque. Un dimanche après la messe, ils décidèrent de pousser l'église et le clocher. Les gaillards, prêts à l'effort, tombent leur veste, se retroussent les manches. Ils crachent dans les mains, les enduisent de sable et pousse qui poussera. En moins de temps qu'il ne faut pour le dire, le clocher glisse de quelques mètres au son désemparé des cloches prises au dépourvu. Pendant ce temps, les enfants du village tout existés par l'évènement, stridulés dans la poussière du chantier, couraient dans tous les sens comme un vol de pies.

Dans l'énervement, ils poussèrent les vestes et les jetèrent plus loin. Les hommes avaient fini leur travail. Fiers de leur exploit ils s'époussetaient joyeusement et s'envoyaient de grandes tapes amicales sur l'épaule. Ils récupérèrent leurs vêtements et prirent au sol la mesure de leur effort. Au lieu des deux mètres qu'ils s'étaient fixés, ils découvrirent avec stupeur que des vestes au clocher il y avait trois mètres cinquante. La morale de cette histoire et que pendant l'effort il faut toujours regarder derrière. La leçon fut comprise par le jeune âne brun. Il décida pour arriver à réaliser son ambition de se bloquer des 4 fers sur la place du village. A cause de lui plus rien ne fonctionnait dans Baixas.

Les baixanencs commencèrent à protester contre le maître d'un âne qui était incapable de diriger. Ils n'allèrent pas jusqu'à la pétition, mais ils lui expliquèrent que la place était à tout le monde et que tout le travail qu'ils s'étaient donnés pour l'agrandir était gâché par le parking de l'âne. Tout le monde savait ce que voulait la bourrique. Il voulait monter au sommet du clocher. Il voulait savourer le beau chardon tout rose. Il voulait contempler Baixas, et peut-être dominer le monde. L'homme se décida. Il rentra chez lui. Prit un licou et la plus longue de ses cordes. Il rameuta tous les costauds du patelin.

Il attacha l'âne à la longe, et d'un commun effort tous tirèrent sur le câble. L'âne ne se sentait plus de bonheur. Tout se passait comme il le voulait. Dans un instant, il troquerait la fleur et dominerait le monde. Il en était au deuxième niveau quand il commença à sentir que la corde le serrait beaucoup. Au troisième niveau, il voulut redescendre. Les autres, d'en bas, croyaient que ses braiments étaient ceux de la plus grande joie. Arrivé à la terrasse, le museau plein de bave, les yeux vitreux, l'âne brun n'était plus qu'une carcasse. Voilà la véridique histoire du buru de Baixas, penjat al campanar i escrite a mitge amb la de Pia.


 

Un donjon clocher du XIIIe siècle
Bouleternère

Le village de Bouleternère est construit sur le premier contrefort du massif de l'Aspre. Au début du XIVème siècle, il est inclus à la seigneurie d'Ille érigée en vicomté par le roi Don Jaume II Pour Don Pere I de Fenollet.

C'est aux alentours des années 1300 que le ftur vicomte fait élever cette formidable forteresse. Son allure haute et massive de château féodal cache l'église sur laquelle il est construit. Cette église est citée au milieu du XIIème siècle. Ce n'est cependant qu'à la fin du XIIIème siècle qu'un collatéral construit au sud doublera sa superficie.

Des arcs sont percés dans la paroi d'origine pour faire communiquer les marques de tacherons, selon une pratique mise en vigueur à ces moments là par les tailleurs de pierre de BAIXAS, pour les chantiers qu'ils alimentent à PERPIGNAN, les maçons de BOULETERNERE reprennent le procédé. Au dessus de l'église, les deux étages du donjon transforment le clocher en un véritable château résidentiel.

Une grande salle est construite selon les critères mis à la mode par les maçons du roi pour le Palais des Rois de Majorque. Elle est divisée en trois travées par des arcs diaphragmes ogivaux (identiques à ceux de la salle du trône) ils soutiennent directement la charpente. La terrasse, à l'origine découverte, n'a reçu son toit que dans les dernières années du XVIIème siècle.

UN petit clocheton en arcades gothiques a tét transformé lors de ce chantier comme pilier pour soutenir la charpente. De même les merlons sont devenus les supports des rives du toit et les créneaux des fenêtres. "a BULA ho fan dos cops" (à Boule, ils le font deux fois). Pour en avoir la certitude, visitez la deuxième église, cette fois ci baroque, construite juste à côté de ce majestueux ensemble médiéval.


 

Le clocher de Céret
Céret

Nous connaissons avec un zeste de précision la naissance du vicus sirisidum, ancêtre de Céret. Voilà, pour une fois c'est pas trop compliqué. Le 29 décembre 814 l'empereur Louis le Pieux confirma aux frères Gimar et Rado la propriété qu'ils héritaient de leur père.

Les deux jeunes catalans n'étaient pas montés seuls à Aix la Chapelle. Il y avait toute une bande qui arrivait de Septimanie (l'actuel Languedoc Roussillon). Bien sûr il y avait Benoît D'Aniane, un copain du jeune empereur. Lui obtenait une concession d'immunité pour son monastère de Sant Guilhem du Désert. Nous pourrions tout aussi bien énumérer une dizaine d'autres contrats datés du même jour et accordant les mêmes droits à de grands propriétaires du pays, ceux même qui avaient pu se payer le voyage.

La ville de Céret au IXe siècle se compose de quelques maisons tassées au pied du château des frères Gimar et Rado. Autour, il y a des bois, il y a des champs, des vignes et des prairies. Un peu plus bas se trouve l'église consacrée à saint Pierre. C'est tout le territoire que onze cents ans plus tard Chaïm Soutine peindra pour notre plus grande satisfaction. Il s'en faut cependant que ce que l'expressionnisme figuratif nous offre au musé de Céret soit ce qui fut bâti au temps carolingien. L'église a été entièrement rebâtie au XVIIIe siècle.

En remontant le temps, vous découvrirez en façade un majestueux portail en marbre blanc. En levant les yeux, au dessous des paysages de Soutine, vous découvrirez des arcs aveugles, des lesens et dans l'engrenage, et tous les autres éléments caractéristiques de l'art roman, juste pour nous rappeler que le clocher de Céret est du XIe Siècle.
Jean Reynal, conservateur au patrimoine


 

Un clocher tout à la fois et prison
Collioure

Il n'existe pas de clocher construit d'un seul jet. Leur longue histoire est constamment l'enjeu des diverses époques qu'ils traversent. Ce sont les métronomes de nos mémoires villageoises. Leurs avatars architecturaux témoignent des avancées et des reculs des sociétés rurales qui les utilisèrent. Il en est ainsi pour celui de Collioure. Ce n'est d'abord qu'un modeste " fanal ", une balise circulaire de quelques mètres de hauteurs, construite sur les récifs qui ferment la baie du port d'amont. L'expansion commerciale du pays au temps des rois de Majorque transforme la plage en port commercial. Les écueils sont maçonnés d'un brise-lames.

La balise est surélevée et devient un phare annonçant de très loin par des fumées le jour et par des feux la nuit, la position du port de Collioure. Bien plus tard, dans les dernières années du XVIIème siècle, la ville et l'église médiévale de Collioure sont rasées sur l'ordre de Vauban. Il autorise sèchement à la population la reconstruction de l'une et de l'autre sur le versant du Douy. Le village était alors sans église paroissiale. Après de dures négociations, les consuls de Collioure obtinrent de Vauban l'autorisation de construire une église sur les récifs qui ferment la passe. Le nouveau bâtiment est fortifié comme un bastion. Il s'appuie simultanément sur les remparts.

Une maison est construite entre l'abside de l'église et le phare. Il devient le local consulaire, lointain ancêtre de la mairie. A cette époque, une salle du phare est transformée en prison (Collioure est un port ! Collioure est une place d'armes !) une deuxième surélévation est ajoutée au fanal des premiers temps. Vauban ne veut plus de port à Collioure. Il préfère la baie en eau profonde de Port-Vendres. Du fait, Collioure n'a plus besoin d'un phare. Il devient dès lors le clocher de l'église.

Il faut encore attendre 100 ans pour qu'il prenne l'aspect que nous lui connaissons aujourd'hui. Ce n'est que vers 1809 qu'une décision municipale est prise pour le couvrir d'une coupole. Elle reprend le modèle déjà ancien de celle du clocher des dominicains qui s'inspire d'un modèle originaire de Toscane.
Jean Reynal, conservateur du patrimoine.


 

Le clocher du tremblement de terre de 1428
Corsavy

Le tremblement de terre qui secoua le Pays catalan en 1428 avait son épicentre sur le versant sud des Pyrénées entre Olot et Sant Joan de les Abbadeses. Depuis plusieurs années des signes précurseurs au séisme s'annonçaient le long de torrents en crus, de pluies diluviennes, qui engendraient à leur tour des récoltes catastrophiques, des disettes et leur cortège de famine et d'épidémie.

Le jour de la chandeleur, vers 3 heures du matin, la terre trembla le temps de deux Pater. Les oiseaux s'enfuyaient à tire d'ailes, les chiens aboyaient, les volets des portes et des fenêtres battaient la catastrophe. C'est par centaines de morts que l'on dénombre les victimes de Puigcerda à Prats de Mollo. Les remparts s'effondrent. Les clochers s'écroulent. Celui de Sant Marti de Corsavi ne résistera pas d'avantage. L'église avait été consacrée au milieu du XIIe siècle par l'abbé Ramon II d'Arles. En ce temps là, le village se tassait au pied de l'édifice.

Le monument, en cours de fouilles archéologiques et de restauration, nous offre la réponse architecturale d'un grand chantier de construction vers 1140 en Vallespir. Les murs sont appareillés en grands blocs. Une porte majestueuse s'ouvre au sud. Les pignons nord et sud s'érigent comme des flèches dans le ciel. Le mur qui couvre l'arc triomphal de l'abside s'ouvre sur deux occuli.

Tout ce travail, toute cette volonté, l'immense savoir-faire, sans parler de la foi ni de l'élan bâtisseur de l'abbé d'Arles s'écroula en quelques minutes sous les secousses d'un tremblement de terre que l'on évalue à la puissance huit de l'échelle de Richter, si l'on compare les témoignages médiévaux à ceux que l'on a pu étudier scientifiquement au XXe siècle. Vous verrez à Corsavi la base d'un clocher qui témoigne des forces de la nature déchaînées.
Jean Reynal, conservateur du patrimoine


 

Un chatelain pour les cloches
Coustouges

Entre 1140 et 1240 quatre volumineux clochers-tours ont été construits en Vallespir. Leurs double vocations militaire et religieuse se confondent intimement. L'association en un seul édifice de deux fonctions aussi différentes témoigne du mélange des genres au moyen-âge. Le clocher-tour est le symbole unique du pouvoir spirituel et de l'autorité temporelle.

En décembre 1159, Raymond II, abbé d'Arles consacre l'église de Coustouges. Les tailleurs de pierre du Vallespir l'ont fait belle. Le choix des matériaux, leur taille, leur distribution, tout est parfaitement maîtrisé. Les granits sont rouges et blonds. Ils sont assemblés selon leur couleur. L'élégance de la construction ne saurait pour autant cacher sa destination défensive. La base du clocher est fendue d'une archère. Trois niveaux de baies s'ouvrent dans les étages supérieurs. Les pleins cintres des fenêtres sont ponctués à chaque extrémité de modillons. Leur accolade repose sur un chapiteau à décor végétal. Malgré la qualité du décor, des rainures entaillées dans la pierre indiquent l'emplacement de vantaux en bois amovibles, capables de fermer ces fenêtres.

Il faut cependant attendre le XIVème siècle pour avoir la confirmation de l'utilisation du clocher de Coustouges comme donjon. En 1339, le dernier roi de Majorque désigne un gardien à la châtellenie de ce clocher. " Castellaria de tintinabulo " châtellenie du tintamarre, celui des sonneries de cloches qui telle une tour à signaux annonçait à toutes volées de cloches la présence de l'ennemi.
Jean REYNAL, conservateur du patrimoine


 

Le clocher républicain
Fulla

La commune de Fulla dessimine ses hameaux dans une vallée arrosée par le Roja.
En 1869, dans les dernières du Second Empire, le maire de Fuilla réuni son conseil municipal afin de prendre une délibération qui allait marquer à jamais la vie de sa commune. Le maire s'exprima en ces termes :
- "Messieurs, vous connaissez toutes les discussions qui arrivent, surtout pendant l'été, et entre les propriétaires arrosant d'un même canal. D'après les plaintes que j'ai parfois reçues, il résulte que l'heure à laquelle un propriétaire prend l'eau et l'heure à laquelle un autre la cède, est inconnue de l'un d'eux, sinon quelques fois de tous les deux..."

Avec une parfaite connaissance de ses concitoyens, et non sans ironie il poursuivit son discours dans une gène municipale exprimée par un silence quasiment républicain.
- "C'est pendant la nuit que beaucoup de propriétaires doivent, d'après le partage qui en est fait, arroser leurs propriétés. Si ces discussions arrivent à une heure indue, vous savez les pénibles conséquences qui en découlent."

Les conseillers municipaux, dont certains se sentaient concernés, protestèrent vivement pour les uns, alors que d'autres s'interpellaient dans un brouhaha, que le maire nommait discussion.
Il poursuivit son discours avec habileté. Le secrétaire de mairie transcrivait ces paroles en mots bien moulés sur le registre de la commune.

- "Il convient de faire cesser un pareil état par l'acquisition d'une horloge placée sur un clocher élevé et bâtit au centre du village. Les heures pourront ainsi être entendues jusque dans parties les plus reculées de la localité. L'utilité de cette création est incontestable pour les travaux agricoles et pour les ménages..."

Le problème c'est qu'il n'y avait pas de clocher à Fuilla !
Il fallut bien des années pour que la bonne volonté civique du maire de Fuilla trouve son aboutissement. En 1894, la tour de l'horloge est en cours de construction. Dans un grand moment d'exaltation le conseil municipal décide d'y placer trois cadrans. Abondance de temps public ne saurait nuire à l'harmonie des villageois.

Bientôt, les terrains mitoyens de ce clocher civil seront lotis. La mairie s'installe dans les nouveaux locaux jusqu'à nos jours, ainsi que l'école publique, laïque, obligatoire... et s'ouvre à des écoliers invités à leur scolarité au son de leur clocher.


 

Un ermitage conjugador du Siècle d'Or
Força Real

L'ermitage de Força Real a été construit dans les dernières années du XVIIème siècle. Du haut de sa colline, il domine Millas de ses 500 mètres d'altitude. Depuis cette crête, on découvre un des plus beau panorama de tout le Pays catalan.

Le traité de Corbeil, en 1258, dessina une nouvelle frontière entre la France et la Catalogne. Les avantages géographiques de la montagne la firent choisir par les rois de Majorque pour y construire sur un des mamelons une tour à signaux et sur l'autre un petit fort. C'est ce nom de forteresse royale qui nomme toujours la montagne en catalan "força real".

Le traité des Pyrénées, en 1659, supprima la frontière des Corbières pour la déplacer aux Albères. Dés lors, les constructions militaires de Força Real n'avaient plus d'usage. Jeanne Ros était veuve du baron de Montclar. Depuis sa maison, sur l'actuelle rue Jean Jaurès à Millas, elle décida le 19 avril 1693 de faire construire :
"dans le territoire de Millas, dans la partie dite de Força Real, une chapelle ... une maison ... planter une vigne ... un petit verger..."
Le premier bénéficiaire aurait du être l'abbé François Bobo, de Pézilla, s'il n'était mort l'année suivante.

Le chantier fut mené tambours battants. On récupéra la vieille tour à signaux pour la transformer en abside. Pour l'architecture, la chapelle s'organise en un vaisseau divisé en travées couvertes de croisées, selon le modèle en vigueur à l'époque baroque. Les logements du curé et de l'ermite ont été scrupuleusement construits selon la volonté de la donatrice. A la fin du XIXème siècle, après la destruction d'une partie du château où avait vécu Jeanne Ros, de nombreux blocs de marbre en furent récupérés pour être remployés à l'ermitage.

Mais, Força Real est d'abord " un conjurador ". Depuis sa crête, le rôle affecté à la chapelle est de :
"chasser les orages désastreux qui se forment sur la montagne du Bougaraix et qui sont poussés par la tramontane. Ils se dirigent vers la montagne de Força Real et se déchargent sur la plaine." Les habitants d'Estagel en savent quelque chose ...
Jean REYNAL, conservateur du patrimoine


 

Le clocher des vicomtes de Fenollet
Ille sur Têt

Grand serviteur de l'état majorquin Don Pere de Fenollet comblé de faveurs par son souverain. En témoigange de sa reconnaissance, le roi Don Jaume II éleva n vicomté d'Ille l'ensemble des seigneuries du Riberal qui appartenaient à son conseiller. C'est son fils Don Pere II qui fortifie Ille ainsi que ST FELIU D'AVALL et sans doute BOULETERNERE. C'est également lui qui fait construire le châteua vicomtale d'Ille au nord et à l'ouest de l'église actuelle. Quand au clocher il succède à un donjon roman tels ceux que l'on peut voir dans la même ville à Alexis et à proximité de Casenoves.

C'est sur cette base féodale qu'au début du XIVè siècle on élève l'élégant clocher gothique qui domine les toits de la ville. Les Angles sont traités en carreaux et boutisses. Le marbre rose est celui de la carrière de Bouleternère. C'est la même pierre que l'on retrouve dans les encadrements et pour les colonnes des fenêtres. Le sommet est crénelé de merlons en forme de petites pyramides. IL est très proche par son style de celui de l'église de la Réal à Perpignan construit à la même époque. Le parapet du clocher d'Ille nous montre ce que pouvait être celui de la Real avant sa destruction au XVIè siècle.

En bon voisinage historique, ce clocher, sans doute la plus belle réalisation de tours gothiques du Pays catalan, veille sur l'église baroque. Elle est construite à partir de 1664. Elle est consacrée le 18 novembre 1736. Sa somptueuse façade en granit se développe en frontons rompus ponctués de pinacles monumentaux. Son portail en marbre rose reprend le modèle de la façade mis en proportion de l'encadrement de la porte. C'est l'oeuvre du sculpteur Chauvenet à qui l'on doit également le retable de style rocaille au maître autel de l'édifice.


 

Les cloches de la polémique
Joch

L'église de Joch aussi bien dans son architecture que dans ses retables est un véritable joyau de l'art baroque catalan. L'abbé Guillot curé de la paroisse prévoyait sa construction depuis plusieurs années, lorsque la vicomtesse d'Aranda, dame de Joch, offrit la somme de 600 livres d'or pour couvrir les frais du projet. Le 5 mai 1756 la première pierre était posée. La population entière se mit bénévolement au travail, chacun selon sa compétence. Si l'on juge d'une pierre de la clé de voûte du portail portant une date gravée sur le cartouche, on peut convenir que le chantier était terminé le 2 mars 1778.

Le clocher ne sera construit qu'un siècle plus tard. Il s'élève en tour néo-gotique. Chaque niveau est marqué d'une forte modénature en saillie. Les murs s'ouvrent en baies ogivales. La terrasse est coiffée d'une cage en fer, forgée par les soins d'Alexandre Fratissier, serrurier à Prades. Les travaux avaient débutés en 1867. Six ans plus tard, le clocher était terminé mais toujours pas payé.

Il fallut bien accepter de demander une subvention exceptionnelle à l'Etat, et de se contraindre, contre mauvaise fortune bon cœur d'augmenter la taxe communale du centime additionnel. A Joch, comme dans bien des communes des Pyrénées Orientales, les premières années de la IIIème République n'ont été qu'un long conflit entre le clergé monarchiste et le conseil municipal républicain. A cette époque, le curé Llobet et le maire Marsal étaient en délicatesse. Le 14 juillet 1898 le curé interdit l'accès au clocher à l'employer municipal chargé de sonner les cloches pour le défilé républicain.

La population en émoi en était déjà à se demander si la république n'avait pas été renversée par quelques coups d'état militaires dans les rues de Paris. Le maire, ceint de son écharpe tricolore dut se rendre dare-dare à l'église pour rappeler au curé les termes de la loi de 1885 autorisant la sonnerie des cloches pour le 14 juillet. Il lui fallut forcer la porte. La clé avait mystérieusement disparue. Sans le secours du remonteur de l'horloge, Joch aurait vécu l'affront du siècle, un défilé républicain sans sonnerie patriotique. Jean REYNAL, conservateur du patrimoine.


 

Un clocher garde-côtes
Latour Bas Elne

On ne peut saisir tout l'intérêt du clocher de LATOUR BAS ELNE qu'en resituant ce village dans son contexte géographique. IL se place à mi-chemin de la Méditerranée et de la capitale épiscopale d'Elne. Or, jusqu'à nos jours, les rives du fleuve TECH font partie du territoire communal d'Elne. Ce corridor unit l'évêché à la mer.

IL permettait aux évêques d'Elne de s'embaquer sur leurs galères sur la plage de leur seigneurie. L'embouchure du Tech (al bocal du TECH) était en quelque sorte le port épiscopal. A son opposé, le cours d'eau étit aussi un moyen de pénétration pour les pirates, venant de la mer. Déjà, entre 858 et 868 du millénaire précédent, les vikings utilisèrent le TECH pour piller le pays. Les razzias barbaresques prirent le relais jusqu'au XIXè siècle. C'est ainsi que la tour épiscopale du bas d'Elne prend toute sa valeur. C'était une tour de guet.

Elle signalait directement au clocher de la athédrale (lui aussi vigie) tout mouillage de bateaux suspects au bocal. Promue au rôle de garde-côtes son nom s'impose sans qualificatif dès le Xè siècle. Le monument actuel a tout récemment était restauré avec beaucoup de qualité. La tour est entre temps devenue un clocher. IL s'élève au dessus de l'abside romane de l'église. Il est évident que ce bâtiment reconstruit au XVIIIè siècle s'associe à cette catégorie si présente en Pays catalan des églises-forteresses. Le clocher épouse donc exactement la forme de l'abside.

IL est en demi cercle. En hauteur, la restauration a mis en évidence un mâchoulis en saillis sur le mur et des emplacements d'archères.M. le Maire de Latour Bas Elne m'a confié quelques souvenirs de sa grand-mère "elle était née en 1860, et elle m'a raconté qu'en 1900 la tour médiévale a été surélevée pour être transformée en clocher. C'est à ce moment-là que les murs ont été crépis". La restauration qui vient de s'achever restitue la totalité de son histoire à une tour de guet devenue vigie, puis garde-côtes avant d'être promue clocher. Jean Reynal, conservateur du patrimoine


 

Le clocher du Boulou
Le Boulou

Dans son état actuel l'église du Boulou est une reconstruction du XIVème siècle. Les maçons de l'époque gothique ne gardèrent que le portail de la vieille église romane. Il est situé sur la façade ouest du bâtiment. Il s'élève sur la paroi comme un véritable arc de triomphe. Il est entièrement bâti en marbre blanc de Céret. Ses sculptures le datent de la fin du XIIème siècle. Le style l'attribue au maître de Cabestany.

Le clocher est une construction du XIXème siècle. Son élévation est due à François Baixes, entrepreneur et tailleur de pierre du village en 1861. Il se présente comme une tour néo-romane qui n'hésiterait pas à réutiliser des blocs de marbre quand à eux bien romans. Tout laisse penser que ce clocher succède à une tour médiévale. Elle était déjà en mauvais état au XVIIème siècle. En 1606, il fallut accepter de confier sa consolidation à Pierre Parer, maçon à Villemolaque.

On en profita pour commander " un relookage " de style baroque. Il consista en une maçonnerie de merlons et de créneaux, sans doute à gradins, selon le goût du moment. On réalisa un toit en pointe sur quatre pans et on ouvrit sur les murs six baies voûtées pour soutenir les cloches. C'est cette modification baroque qui a été démolie sous le Second Empire pour faire place à la tour actuelle. Lors de sa visite pastorale de 1866, monseigneur Ramadié, évêque du diocèse, le trouvait " ... de bon goût, mais pas assez élevé. " Jean REYNAL, conservateur du patrimoine.


 

Le style ogival des troubadours
Les Angles

A proximité de la fameuse station de ski des ANGLES, il existe un lieu dit appelé " l’iglesia vella " quelques ruines sont les seuls vestiges d’une église consacrée au saint Sauveur qui ont résisté à l’enthousiasme des bâtisseurs du XIXème siècle.

Entre 1864 et 1866, on construisit dans le village une église toute neuve.
Foin de vieilleries romanes, le renouveau architectural en était au style " ogival ". L’époque découvrait le moyen âge. En le découvrant, elle le révisait avec sa sensibilité romantique. L’érudition s’empare des poésies médiévales. On pastiche les trouvères de langue d’oil aussi que les troubadours de langue d’oc. Il en est de même pour l’architecture.

Elle se fonde sur la référence d’époques anciennes, et sur le recours délibéré à des modèles. La citation est la règle. Mais, ne nous y trompons pas cette architecture historique est politique. Elle est directement inspirée par la royauté et par l’église. Construire " ogival " c’est affirmer ses liens avec un passe pré-révolutionnaire, légitime et rassurant. C’est un mécanisme militant anti-républicain. C’est pour autant une stratégie de reconquête religieuse et monarchiste. C’est un moyen de défense contre les transformations de la société … Mais enfin, tout cela est bien cher.

Dans un esprit d’économie, qui en soit serait louable, le clergé des ANGLES décida de transformer son église romane (l’iglesia vella) en chantier de matériaux pour l’église néo-romane en construction. Ça en dit long sur le regard portait à l’histoire de l’art. Les meilleures pierres de taille sont récupérées. Les modillons, les corniches, les arcs aveugles, les consoles, les blocs en dents d’engrenages sont remployés de l’ancienne église Saint-Sauveur à la nouvelle consacrée à Saint-Michel.

De même on réutilise les cloches de l’ancienne église pour garnir le nouveau clocher. L’une est datée de 1607 et l’autre de 1780.

Le fait est qu’aujourd’hui en regardant de loin l’église des ANGLES, on a l’impression de voir un vrai prototype de l’art roman. Il est vrai qu’en regardant de plus près, on découvre l’évocation néo-romane. Mais après tout à quand l’exploration du XIXème siècle !


 

Les Cluses
Les Cluses

Lors de travaux de voirie pour réaménager la place de la mairie, l'entreprise adjudicatrice eut l'agréable surprise de découvrir quelques gros blocs soigneusement taillés dans un beau granit moucheté de gris. Derechef, le maire Des Cluses, alerté par les ouvriers, surveilla avec la plus grande vigilance l'avancement du chantier.

Ces blocs, soigneusement taillés, aux angles chanfreinés, ne sont rien moins que le portail primitif de l'église paroissiale. C'est un édifice d'époque pré-romane. C'est dire l'antiquité de la découverte. Leur survie n'est due qu'à leur réutilisation en avaloir des eaux d'un ruisseau d'irrigation. La quasi totalité des claveaux du portail furent ainsi réutiliser pour devenir la gorge d'un canal. A cette époque là, ils furent profondément entaillés de rainures.

Hors, le portail en place à l'église est une très belle construction, en marbre blanc de Céret qui peut être considérée comme romane. On voit de l'intérieur de l'église que l'ouverture primitive de la porte était plus petite. Qui mieux est, il reste en place l'arceau du porche retrouvé. Le tout correspond aux dimensions de la trouvaille municipale. L'ensemble reviendrait donc à dire qu'au terme dont on ne sait quel changement de mode, le templier Gausbert de Serra, commandeur du Mas-Deu en 1198, eut l'excellente idée, tout en modernisant l'église, d'en réutiliser le portail pour des aménagements hydrauliques.

Du coup, la date la plus sûre pour l'aménagement de l'avaloir tournerait vers la fin du XIIème siècle. Cette date n'a rien pour nous surprendre. Les templiers continuent aux Cluses, des travaux déjà réalisés dans leurs autres domaines, comme Nyls, Ponteilla, Trouillas ou Canohès.
Jean REYNAL, conservateur du patrimoine


 

Le Soler
Le Soler

Le Soler est construit sur une falaise qui domine la rive droite de la Têt. Avant l'aménagement de la voie rapide sur la berge de la rivière, les crues d'automne se fracassaient sur cette falaise friable. Pour cette raison, il ne reste pas grand chose du village médiéval. Siècle après siècles, il s'est effondré dans le lit de la Têt. Les bâtiments anciens que l'on aperçoit en roulant sur la voie rapide sont les murs de l'enceinte médiévale de la façade sud d'un village qui se développait une dizaine de mètres au dessus de l'actuelle A116. Ce mur en travaux est celui de la chapelle St Dominique. Elle a était construite à l'initiative de l'évêque d'Elne, Bernat de Berga, vers 1240. L'évêché était devenu seigneur du Soler à la suite d'une donation de Guillem Jorda, intervenue en 1223, lui-même étant archi diacre et bien sûr originaire du village.

C'est au même moment qu'est signalée pour la première fois, l'église des St Julien et Baselice. Au XVI è siècle, l' édifice est intégralement reconstruit. La pose et la bénédiction de la première pierre de ce chantier ont lieu le 05 janvier 1554. C'est cet édifice qui est complètement transformé au XIXè siècle. En 1829, la nef principale est allongée de 7 mètres. La chapelle des fonts baptismaux est construite en 1858. Mais le gros des travaux n'eut lieu qu'en 1873. Une maison voisine (la casa de l'obra) est transformée en nef secondaire.

Deux grandes arcades sont percées dans le mur pour faire communiquer les deux vaisseaux. En 1829 on avait également surélevé la façade d'un clocher en arcades. C'est lui qui s'effondrera en 1915. La guerre battait son plein sur les fronts du nord et de l'est de la France. Depuis la loi de séparation de l'église et de l'état en 1905, la façade de l'église portait en lettres géantes : "République Française" et au dessous "propriété communale, Liberté, Egalité, Fraternité".

Cette intrusion de la "gueuse" sur le mur de l'église était perçue bien plus qu'une injure comme un vrai blasphème. Les gens du SOLER virent la volonté divine dans la tempête qui s'abbatit sur leur village le 22 février. La tramontane, avec la force d'une tempête et d'une violence incroyable, balaya le riberal.

Le clocher du SOLER fut arraché comme un fétu de paille. Les cloches traversèrent la toiture. Elles tombèrent à l'intérieur de l'église en entraînant dans leur chute la voûte, la tribune et l'horloge. En 1916, les réparations qui s'imposaient furent exécutées. Le cadran de l'horloge ne fut pas remplacé. L'oeil de boeuf de la façade qui contenait l'horloge est restée vide comme un regard aveugle nous rappelent ce triste épisode.


 

Les clochers en arcade
Le Pays Catalan

Une des vues les plus familières des villages du Pays catalan est celle des clochers-murs sur les façades des églises. Ils s'ouvrent sur des arcades qui soutiennent les cloches. Ce sont de véritables échafauds de maçonnerie.

A l'époque romane ces clochers en arcades sont toujours positionnés au-dessus de l'arc triomphal de l'abside, plus précisément à la jonction de la nef. La voûte est à cet endroit percée d'un orifice qui permet de laisser passer la corde de la cloche. C'était donc, directement, depuis la table de l'autel que le célébrant ou bien son acolyte commandait les sonneries. Au moins trois églises ont conservé intact ce dispositif : Barbadell à Bouleternere, Riuferrer à Arles, et Terrats sous son toit actuel. D'autres ont existé et peuvent être encore interprétés : à Riunoguers, à saint Michel de Sournia, à Riquer de Catllar, à Iravals de Latour de Carol...

Ce n'est pas avant la fin du XIIIème siècle que ces clochers en arcades seront déplacés sur la façade de l'église. Cette modification correspond souvent à l'agrandissement de l'édifice d'une travée supplémentaire. C'est donc le " baby-boom " des temps gothiques qui entraîne ce changement. On peut de même évoquer une transformation des modes liturgiques. Il en est ainsi pour quantité d'églises romanes à Dorres, Angoustrine, Estavar pour ne citer que des églises de Cerdagne.

Il faut attendre l'époque baroque pour que les élégants clochers à plusieurs niveaux d'arcades s'élèvent sur les murs des façades occidentales des églises. Ils se découpent tels une dentelle sous des frontons en volutes décorés de pinacles comme à Trouillas, à Llupia, à Formiguères...

Ce modèle, plus ou moins élaboré, est toujours en vigueur au XIXème siècle et au XXème siècle jusqu'à la veille de la guerre de 14. Quantité de clochers républicains élevés sous la IIIème république suivent cette formule du millènaire. Ils dressent au faîte de la mairie-école leurs petits clochers arcades, à Saint-Feliu d'Avall, au Soler et dans tant d'autres villages de l'Aspre.
Jean Reynal, conservateur du patrimoine


 

Les clochers tours-romans
Le Pays Catalan

Clocher ce dit en catalan "campanar". En catalan comme en français c'est le contenu qui désigne l'immeuble. Ce sont les cloches, campanes qui les nomment.

Les clochers tours-romans

Des XIème et XIIème siècles il ne subsiste à peine qu'une vingtaine de ces tours. Elles furent bien plus nombreuses à l'origine. L'usure du temps comme les changements de mode ont fait leur œuvre. Si on les reporte sur une carte, il devient évident que leur construction découle de l'essaimage de deux grandes abbayes. Ceux sont les centres bénédictins du Vallespir et du Conflent, Arles et Cuixa. La cathédrale d'Elne avec son autorité épiscopale ne paraît jouer qu'un rôle mineur dans cette diffusion. Les clochers romans se présentent de l'extérieur comme de hautes tours quadrangulaires. Leurs murs sont ornés de placards bordés d'une guirlande d'arcs aveugles. Les murs inférieurs sont percés d'archères, ébrasées vers l'intérieur. Les niveaux supérieurs s'ouvrent sous des baies en plein cintre, unies par des colonnes.

A l'intérieur, le rez-de-chaussée ne communique pas avec les étages. A l'origine une échelle amovible assurait le passage du sol extérieur à une porte placée au premier étage. Dans les niveaux les plus élevés des pierres en saillies (modillons) aussi bien que des trous dans les murs (boulins) indiquent l'emplacement de poutres. Leur assemblage était l'échafaud qui soutenait les cloches. Ces échafaudages en bois permettaient d'amortir les vibrations qui auraient pu ébranler la maçonnerie lorsqu'on balançait les cloches pour les faire sonner.

La difficulté d'accès, le percement d'archères, l'hauteur considérable de ces tours indiquent clairement la vocation militaire de ces constructions. Derrière les clochers romans se dissimulent les donjons féodaux.
Jean REYNAL, conservateur du patrimoine


 

Le clocher de Maureillas
Maureillas

Trente années de guerre ont dévasté le pays. La paix des Pyrénées est signée en 1659. Les comtés catalans du nord peuvent enfin panser leurs plaies. Une nouvelle frontière tranche dans le vif de la population. Une ligne de démarcation coupe les crêtes du massif de l'Albère. Maureillas se trouve ainsi propulsé en village frontière.

Le chantier de reconstruction de l'église débute immédiatement après les accords franco-espagnol signés en 1661 au couvent des capucins de Céret, véritable Yalta du XVIIème siècle catalan.
Les consuls de Maureillas se tournèrent vers un architecte de l'Ampurdà pour diriger les travaux. Jaume Marial avait déjà donné ses preuves. Il avait conçu les églises de Cadaquès et de Navata. De même, depuis quelques années, il restaurait l'église de Prats de Mollo.

Jaume Marial réalisa pour Maureillas un robuste monument baroque. Son chevet est polygonal à l'extérieur. Dedans une belle nef est partagée en quatre travées. Chacune est marquée par un arc diaphragme qui soutient les charpentes. La façade s'ouvre sur une grande rosace, hélas ! défigurée depuis par une fenêtre rectangulaire. Marial remploya pour la porte les marbres du vieux portail roman.
Les travaux étaient déjà terminés en 1666, ce qui est un record pour l'époque. Un bloc de pierre porte cette date et valide la consécration de l'église.

Un petit clocher carré, en forme de tour, complète depuis cette époque l'édifice. Une cage en fer forgé porte les deux cloches du village sous la vigilance de multiples girouettes. Leurs silhouettes se découpent sur le ciel du Vallespir en désignant les quatre points cardinaux, en affirmant la bannière catalane, en "cocoricorant" avec le coq de saint Pierre.
Jean REYNAL, conservateur du patrimoine.


 

Le clocher baroque
Marquixanes

Au Moyen-âge la seigneurie de Marquixanes dépendait de l'abbaye de Saint Martin du Canigou. L'église du village était construite au point le plus élevé de l'agglomération et dominait de très haut cette vallée du Conflent. Une chemise de remparts enfermait dans une " circulade " l'église, son clocher et les greniers de stockage de la population.

Dans les premières années du XVIIème siècle, plus aucun paroissien de Marquixanes n'était content de son église. Trop petite disaient les uns, trop démodée disaient les autres... peu importe le prétexte... quand on veut se débarrasser de son chien ! Le fait est qu'une croissance démographique rapide conjuguée aux effets de la Réforme Catholique provoquait de nouvelles nécessités. On commença le chantier par la construction du clocher. Il fut décidé de conserver l'essentiel d'une ancienne tour carrée, sans doute le clocher originel, décoré de joints doubles rainurés dans le liant des murs du XIIème siècle. En 1611, on en était déjà au premier étage. En 1623, les travaux étaient sur le point de se terminer. Pour accélérer les travaux les consuls de la ville proposèrent la levée d'une taxe supplémentaire :

"Prosseguir les obres i fabrica del campanar ", pour poursuivre le chantier du clocher.

Il se présente comme une élégante tour baroque. Chaque niveau est souligné d'une modénature. Les parois sont soigneusement appareillées en pierre de taille. Les niveaux supérieurs sont ponctués de grandes baies, encadrées au-dessus et au-dessous d'œil-de-bœuf. La terrasse est cantonnée par quatre clochetons. Elle est bordée par un parapet, percé d'archères, crénelé de merlons en gradins. Quantité de grosses gargouilles, bien plus nombreuses que les eaux de pluie ne le nécessiteraient, simulant des fûts de canons, s'érigent tout autour comme si notre clocher était la tour d'une citadelle.

L'église sera construite dans les années qui suivirent l'achèvement du clocher. C'est un grand bâtiment baroque divisé en quatre travées. Elles distribuent autant de chapelles latérales. En 1692, le retable du maître autel était en cours d'exécution. Huit autres seront commandés le long du XVIIIème siècle pour transformer l'église de Marquixanes en véritable musée du siècle d'or catalan.
Jean REYNAL, conservateur du patrimoin


 

Le clocher en LA de Millas
Millas

Le clocher roman de Millas a été récemment restauré. Son allure altière élève à vingt sept mètres de hauteur une cage en fer forgé qui contient une cloche du XVIIIe siècle. Les consuls de Millas furent d'une infinie sagesse et sagacité dans le cas qui nous intéresse. Ils demandèrent au notaire du village, Maître Jaume Torrent, de prendre note et de faire acte de leur délibération.

Joan Amill, premier consul, convoqua son conseil le 11 février 1715. La bonne volonté de Torrent, pas plus que son savoir-faire de tabellion, ne sont à mettre en doute. Son français paraît néanmoins quelque peu défaillant.

"... il y a un home qui s'offre à faire la grande campane qui se trouve cassée pour le prix de huit pistoles d'or et douze livres fran piesse et la dépense pendant de faire la campane et qui offre pour caution autres huit pistoles d'or et quatre ou cinq robes de bronze, moyenant que la ville fornira toutes matérials pour la forniture de la campane."

Un mois plus tard le rapport du notaire et l'esprit d'économie du consul avaient fait leur chemin dans la volonté horlogère de Joan Amill.

Le 27 mars, et cette fois-ci en catalan, le premier millassois proposa :
"... seria lo de rompre la campana gran y ferla un poch mes petita, y del bronzo restera fer una campana per lo rallotge, serviria per quarts."

Auquel texte Jaume Torrent ajoute en franco-catalan la formule :
"... et aincy délivérer."
En gros, ce que Joan Amill propose est de fondre une vieille cloche fêlée et de son bronze en faire deux de petites, dont l'une serait destinée à sonner les quarts d'heure.
L'affaire fût vite conclue. Le 30 avril suivant nos cloches étaient déjà fondues. Encore fallait-il les installer dans le clocher.

Joseph Cagarriga, notable du village, fit une proposition qui n'y allait pas par quarante chemins :
"... pour les dépens de mestre le rellotge a son estat et pour le fer seroit bon de se servir des musquets et autres fers qui se trouvent al archiu attendu qui ne sirvent pas en rien."

Ce qui veut dire que deux canons d'arquebuses du guet rouillaient au rez-de-chaussée du clocher où étaient conservées les archives consulaires. L'idée apparut bonne à l'excellent et économe Jaume Amill.
Il en est ainsi depuis prés de quatre siècles au clocher de Millas.

La cloche en LA, sonne les heures et les quarts. Scellés sur une meule à farine recyclée, les armes du guet servent d'entretoises à la cloche fabriquée par Joan Andreu, fondeur barcelonais.


 

Le clocher au pin
Mosset

L'église de Mosset est un bel édifice baroque. Il a été construit au XVIIème siècle. Comme pour de nombreux monuments de cette époque il conserve son contingent de retables, de statues et de tableaux. C'est à la même époque que fut élevé son clocher. Le linteau de sa porte d'entrée en garde la mémoire précise.

Il annonce 1632. Les maçons de Mosset ont utilisé pour le construire les matériaux que les montagnes donnent à profusion dans ce coin. Pour l'embellir, ils ont ouvert une carrière à "Les Encantades", à l'endroit où les fées folâtrent sur un filon de marbre blanc. Le clocher se présente à nos yeux comme une altière tour carrée pleine de sous-entendus défensifs. Le village a de tout temps été le passage obligé entre le Haut-Languedoc et le Pays catalan.

Jusqu'au traité des Pyrénées, Mosset était un village frontière, propice à la contrebande, au passage de voyageurs clandestins, aux coups de mains militaires. D'autres tours jalonnent la vallée. Un peu plus haut, celle de Mascarda est le verrou de ces allées et venues. Le clocher de Mosset est lui aussi une véritable tour de guet qui protège son troupeau de maisons. A l'intérieur deux cloches gothiques continuent à sonner les heures. Elles proviennent sans doute de l'ancienne église saint Julien, à une paire de kilomètres de là. Toutes deux sont datées.

L'une porte la date de septembre 1407, l'autre 1452. Dans leur voisinage depuis des temps immémoriaux un petit arbre pousse avec le plus grand optimisme dans une lézarde du mur de granit. Son maire avec beaucoup de poésie en transforme ses cônes en médailles d'honneur de Mosset. Ainsi les hôtes de marque du village reçoivent comme un bijou les fruits du clocher de Mosset.
Jean Reynal, conservateur du patrimoine


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