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L'histoire du site
De 1870 à nos jours

Par Christine SALLES, Association Culture et Patrimoine en Côte Vermeille - CPCV.

 

Nobel

Durant l’année 1867, le chimiste suédois Alfred Nobel découvre un nouvel explosif qu’il nomme dynamite. Immédiatement Nobel comprend la portée de son invention au niveau industriel. Il se propose alors d’implanter des dynamiteries en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique. En 1868, Nobel est contacté par un entrepreneur français Paul Barbe, ingénieur artificier. Le courant passe rapidement entre les deux hommes et Paul Barbe devient l’unique concessionnaire des produits Nobel pour la France. Il dépose alors une demande, auprès du gouvernement de Napoléon III, afin d’ériger la première dynamiterie française, dans le département de la Moselle, à proximité de l’industrie familiale.

Mais, deux problèmes se posent à lui. Premièrement, la fabrication et la vente des matières explosives sont, depuis la Révolution Française, un monopole d’Etat. Deuxièmement, la France et la Prusse s’affrontent par voie diplomatique ; affrontement qui conduit la France à déclarer la guerre durant le mois de juillet 1870. Les armées françaises, qui doivent combattre la meilleure armée d’Europe, sont rapidement défaites et Napoléon III est fait prisonnier le 2 septembre 1870, dans la ville de Sedan. Désormais, la route vers la capitale est ouverte aux armées prussiennes.

Aussitôt la nouvelle connue à Paris, des membres du parti Républicain se précipitent à l’Hôtel de ville et proclament la République, le 4 septembre 1870. Léon Gambetta prend la tête de deux ministères, le ministère de la Guerre et le ministère de l’Intérieur. Chargé d’organiser la résistance face à l’avancée des armées ennemies, il reprend l’étude du dossier déposé quelques mois plus tôt par Paul Barbe. Léon Gambetta modifie la loi sur les matières explosives et prête la somme de 60 000 francs à Paul Barbe afin qu’il puisse bâtir la première dynamiterie française le plus loin possible des zones de combats. Cette dynamiterie doit fournir, au prix de revient, 500 Kg de dynamite par jour, à l’armée française.

Muni de ce quitus ministériel, valable sur la totalité du territoire français, Paul Barbe prend le train et arrive au terminus de la voie ferrée, la gare de Port-vendres, durant le mois de novembre 1870. Il achète des terrains dans la vallée de Paulilles et fait construire les bâtiments par les ouvriers du chemin de fer, qui posent la voie ferrée entre les villages de Port-vendres et de Banyuls sur Mer.


Territoire de l'usine en 1870

C’est ainsi que le 5 décembre 1870, la dynamiterie débute sa production. Durant l’année 1871, la France et la Prusse signent l’armistice. La dynamiterie de Paulilles devient alors un vestige de guerre en temps de paix. Le nouveau gouvernement français restaure le monopole d’Etat sur la vente et la fabrication des matières explosives. La dynamiterie ferme ses portes le 1er février 1872. Après une rude bataille administrative, Paul Barbe, qui est bien implanté dans les cercles politiques républicains parisiens, parvient à provoquer un changement législatif.

C’est ainsi que le 8 mars 1875, une nouvelle loi est promulguée : désormais la dynamite peut être fabriquée par l’industrie privée et pour l’industrie privée. La même année, Paul Barbe vend la dynamiterie de Paulilles à la Société Centrale pour la fabrication de la Dynamite, grand trust industriel qui regroupe sous son contrôle toutes les dynamiteries implantées en Europe, pour la somme de 3 millions de francs.

Après une étude administrative rigoureuse, la dynamiterie de Paulilles, qui, entre temps, a doublé sa capacité de production, reçoit l’autorisation de rouvrir ses portes durant l’année 1876.

La S.C.D. poursuit alors une politique continue d’achat des terrains environnant la dynamiterie. Son territoire s’étend vers le nord, le sud et l’ouest. D’une superficie initiale de 8 000 M², le territoire de la dynamiterie occupe, lors de sa fermeture en 1984, une superficie de 32 hectares, soit la quasi-totalité de la vallée de Paulilles.

Ce territoire qui accueillait à l’origine 4 bâtiments et une trentaine d’ouvriers qui fabriquaient un seul type de dynamite, compte plus de 100 bâtiments et 300 ouvriers qui fabriquent plus de dix sortes de dynamite à la veille de la 1ére Guerre Mondiale. Sa production s’exporte : Canal de Panama, construction du Trans-Sibérien… A la fin de la 1ère Guerre Mondiale, l’usine varie sa production avec une fabrique d’engrais et une fabrique de tuyaux en caoutchouc.


Territoire de l'usine en 1914

Durant la 2ème Guerre Mondiale, l’usine accueille des ouvriers Annamites (Indochine), que le gouvernement français a fait venir des colonies d’Asie, afin de travailler à l’effort de guerre. Ces ouvriers, logés à l’usine dans des baraquements, se voient confier les travaux les plus pénibles et dangereux. Nombre d’entre eux trouvent la mort et sont enterrés dans une fosse commune à proximité du hameau de Cosprons. Lorsque les Allemands envahissent la Zone Libre, durant l’année 1941, l’usine passe sous contrôle des autorités allemandes qui construisent un mur anti-débarquement sur la plage de Paulilles.

En 1968, l’usine de Paulilles développe un nouveau mode de placage de métaux et dépose un brevet : deux plaques de métal sont posées l’une sur l’autre et sur la plaque supérieure est déposée une matière explosive. Le souffle de l’explosion plaque et soude de manière intime les deux métaux.

En 1984, la production est délocalisée depuis le site de Paulilles vers le site de Rivesaltes. Le site devient alors une friche industrielle. Durant les années 1990, le promoteur Jean-Claude Méry achète les 32 hectares de l’usine afin de construire une marina avec des résidences et des appontements. Le projet ne voit jamais le jour et le site reste à l’état de friches industrielles. En 1998, le territoire est racheté par le Conservatoire du Littoral qui, en partenariat avec le Conseil Général, se propose de réhabiliter le site afin de conserver la mémoire humaine ainsi que la flore et la faune propre à ce site classé.

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