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La forêt catalane

 

Les textes de cette page sont de Véronique Izard et Robin Angelats, et sont extraits du livre
"Les Pyrénées-Orientales, encyclopédie illustrée du Pays Catalan", de Michel Demelin et Jean Reynal,
aux éditions Privat.

 


 

Historique

"A la fin des glaciations, l'évolution de la forêt méditerranéenne est intimement liée à celle du climat.
La recolonisation végétale s'opère à partir d'espèces pionnières et de peuplements reliques.

Dans cette partie de la chaîne, les premiers signes objectifs d'occupation agricole sont enregistrés durant les VIè et Vè millénaires avant J.-C.

Des indices de défrichessement sont notables dès le néolithique ancien (4500 - 5000 ans av. J.-C.), mais ce n'est qu'à la fin du néolithique, et début de l'âge du bronze que la pression anthropique s'intensifie et se généralise à l'ensemble du domaine montagnard.

Elle se caractérise par une colonisation pastorale des hautes vallées et le développement d'une agriculture archaïque impliquant des essartages.

Les principales conséquences se manifestent par la réduction du sapin au profit du pin et du hêtre. Désormais, l'homme joue un rôle essentiel dans l'évolution des forêts.

Durant l'Antiquité, l'anthropisation devient un facteur déterminant dans les changements écologiques. Défrichements, pastoralisme et charbonnage des forêts pour les besoins de la métallurgie naissante transforment le milieu forestier.

La première trame du paysage se fixe au cours du Moyen Age. Les terroirs se mettent en place et les prélèvements forestiers augmentent. Les besoins domestiques et le développement de la sidérurgie avec l'apparition de la forge hydraulique sont responsables d'une réduction notable des espaces boisés et de la génération des taillis.

L'épisode dramatique de la grande peste noire diminue considérablement les pressions, mais aux XVIè et XVIIè siècles, on assiste à une recrudescence des prélèvements liée à la croissance démographique, au surpâturage et aux besoins industriels toujours plus grands.

Le XVIIIè siècle est marqué par la crise forestière. Les grandes sapinières des massifs catalans disparaissent, et les dégradations affectent l'ensemble des boisements. C'est dans ce contexte de crise et de conflit que débute l'action des forestiers.


 

Un code forestier

Le code forestier, destiné à assurer la conservation et la mise en valeur des bois est promulgué, le 31 juillet 1827. Mais les catalans, bien loin des débats de la chambre des députés, continuent à vivre selon leurs habitudes.

Les troupeaux parcourent les forêts domaniales, l'abattage frauduleux du bois nécessaire à la construction, au chauffage, à l'industrie ou à la contrebande se perpétue avec plus ou moins de discrétion.

Les populations montagnardes entendent bénéficier d'une liberté générale d'accès à leur territoire. A plusieurs reprises, les forestiers essayent de restreindre les droits d'usage en forêt domaniale. Ils se heurtent à une véritable guérilla rurale. En 1844, l'arrivée d'un inspecteur forestier, particulièrement zélé, à la tête de la Conservation de Carcassonne ravive les tensions.

Le 14 avril 1848, les gardes, le sous-préfet et sa troupe sont chassés du Capcir. Ce jour-là, "le canton de Mont-Louis tout entier se trouve debout pour repousser les agents de l'Administration forestière". La pacification s'opère sous le Second Empire.

Après avoir consacré l'essentiel de son activité à la police des bois, l'Administration forestière modifie ses objectifs. Le rôle financier de la forêt s'estompe au profit du rôle économique et géographique. Le département des Pyrénées-Orientales reste toutefois un "purgatoire pour forestiers".

Le produit des coupes n'a que peu de débouchés, les forêts sont difficilement accessibles, les relations avec les populations demeurent délicates. Dans ce climat, le personnel forestier, dirigé de 1884 à 1896 par P.de Boixo, entreprend de délimiter, aménager, repeupler les forêts domaniales.

Des travaux de grande ampleur sont engagés : constructions de maisons forestières, sècherie, pépinières... De périlleuses opérations de reboisement, de correction des torrents sont menées dans les vallons du Conflent.

En 1914, les forêts sont considérées comme "sorties d'affaire", on constate un accroissement général des surfaces boisées à l'intérieur des massifs. Les plantations de châtaigniers liées au développement de la viticulture, provoquent une véritable colonisation agricole en rive droite du Vallespir.

L'hécatombe du Premier Conflit mondial, la déprise humaine d'un pays devenu arrière-pays bouleversent les rapports de l'homme à la forêt au XXè siècle.

Le traumatisme de l'inondation de 1940 permet au service RTM d'envisager le reboisement de la haute vallée du Tech. La réussite des travaux entrepris est spectaculaire, dès 1970, les surfaces reboisées s'étendent à plus de 4000 hectares.

En 1836, la superficie des bois des Pyrénées-Orientales était évaluée à 47000 hectares. Elle est de nos jours supérieure à 140000.

Les grands troupeaux ont disparu, remplacés par une transhumance touristique qui n'est pas sans danger pour la forêt.

En peu de temps à l'échelle historique, les bois menacés sont devenus conquérants.

Au-delà de son rôle productif, la forêt nourricière s'est transformée en espace récréatif que l'on parcourt à skis de fond ou le long des cordes d'un parcours d'aventure.

Ainsi va la forêt en pays catalan : elle évolue au fil de l'homme.


 

Reboiser la montagne pour protéger la plaine

Perpignan subit d'importantes inondations durant toute la seconde moitié du XIXè siècle.

La déforestation est rendue responsable de ce désastre. Un périmètre de restauration (4793 ha) est créé en 1866 dans la vallée de la Têt. Cette opération qui avait soulevé l'opposition des communes et du conseil général est un échec complet.

Les arbres mal choisis ne survivent pas. Les montagnards dénoncent le gâchis. En 1882, la nouvelle loi oblige les forestiers à limiter les travaux aux ravins les plus actifs, réduisant le périmètre à 2096 ha.

Les reboisements sont un succès en rive droite de la Têt alors qu'en rive gauche, la réussite est limitée. En 1905, un nouveau projet soulève un véritable tollé.

Les maires des cantons d'Olette, Prades et Mont-Louis, concernés par l'opération, se réunissent dans le cadre d'un congrès contre le reboisement. Malgré les efforts des "hussards verts de la République", les Catalans n'ont guère le culte de l'arbre à la Belle Epoque.


 

La forêt médiévale

Dans le contexte de croissance économique et démographique du Moyen Age, la fonction nourricière de la forêt s'affirme et les enjeux se multiplient.

Outre la coupe de bois de feu, on récolte des feuilles, de l'herbe, des racines, des plantes et des fruits.

A côté des peuplements de châtaigniers, la glandée est une forêt très lucrative. Des écorces de chênes et des bois de résineux, on extrait le tanin, la poix et le goudron.

Au delà de la cueillette, on y chasse le gibier. La forêt est un espace de transition qui offre aux troupeaux de vastes zones de pacage. Elle procure le bois d'oeuvre, le menu bois et le charbon destiné aux besoins domestiques et aux activités proto-industrielles en plein essor. C'est elle qui fournit encore les terres que l'on défriche.

Au lendemain de l'An mil, la forêt surexploitée est menacée. Seigneurs et communautés s'engagent à protéger cette ressource.

Droits d'usage et pratiques sont définies en fonction de la localisation et de la composition floristique des forêts. Cependant, la réglementation et le cantonnement des droits édictés dès les XIIè et XIIIè siècles ne réduisent pas les prélèvements et multiplient abus et transgressions.

L'ordonnance de 1345 durcit la politique forestière. Mises en défens, interdictions de pratiques, condamnation des délits..., limitent la dilapidation des forêts dont la physionomie est bouleversée.

Les pinèdes, exploitées vers le bas par les charbonniers, sont grignotées en altitude par les défrichements pastoraux laissant place à de vastes zones déboisées. La sapinière diminue progressivement, alors que la hêtraie, réduite en taillis est la principale victime des exploitations industrielles. La chênaie se maintient grâce aux mesures de protection et à la vigilance des gardes."


Texte de Véronique Izard et Robin Angelats

Conseil Général des Pyrénées-Orientales
24, quai Sadi Carnot, 66009 - Perpignan Cedex - Tél. 04 68 85 85 85

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